• JOHNNY HALLYDAY, ce génial faussaire

                                       JOHNNY HALLYDAY, ce génial faussaire

     

    Le voici donc le jour tant redouté par les fans et les supporters du chanteur: celui du décès de jean-Philippe Smet, alias Johnny Hallyday. 

    Mercredi 6 décembre, 2h44, la nouvelle tombe, tel un couperet : la rock star vient de succomber à sa longue maladie. Il avait 74 ans.

    Un jour noir, à marquer d'une pierre blanche pour des milliers d'admirateurs du chanteur au regard bleu azur..

    Avec plus de cinquante années de carrière et autant d'albums, Johnny était un véritable poids lourd de l'industrie du disque tout autant qu'un monument de la musique populaire française. 

    Régulièrement raillé et/ou imité, l'interprète de "L'Envie" et de "Retiens la nuit" était pourtant un sujet de moqueries régulières dans l'univers de la culture et de la musique dite indépendante.

    La faute dans doute à un style et à une personnalité excessives qui n'auront jamais fait l'unanimité.

    Retour sur un parcours et une trajectoire unique.

    Né à Paris en 1943, Jean-Philippe Smet est très rapidement abandonné par son père qui ne le reconnaitra que huit mois plus tard.

    C'est un enfant presque sans repère paternel qui grandit dans la capitale avant d'émigrer quelques mois plus tard à Londres. Elevé par sa tante maternelle et deux de ses cousines, jean-Philippe y rencontre celui qui deviendra son père adoptif, le danseur américain Lee Ketcham plus connu sous le nom de scène Lee Hallyday. Un patronyme que l'enfant conservera à l'instant de choisir son nom d'artiste.

    Enfant de la balle, le jeune parisien se découvre des talents de danseur et de musicien. Il apprend tour à tour le violon et la danse avant de se tourner vers ce qui restera son instrument de prédilection: la guitare.

    C'est à l'âge de 14 ans que le déclic le plus important se produit. Jean-Philippe découvre Elvis Presley dans le film Amour Frénétique. C'est un choc et une révélation pour le jeune adolescent qui découvre soudainement sa vocation. 

    Encouragé par son nouveau père qui le surnomme affectueusement Johnny, Smet est également aux premières loges pour ce qui est de la découverte de ce qui sera son violon d'Ingres : le rock'n roll américain.

    Hallyday père lui fait parvenir quantité de disques en provenance des USA. A ce sujet, Eddy Mitchell aura cette phrase "On passait souvent des après-midi et des soirées à écouter Bill Haley, Presley, et des tas d'autres trucs qui n'étaient pas encore disponibles chez nous ".

    Vient ensuite le Golf Drouot et la période des essais à la radio et à la télévision, dont ce passage en 1959 en première partie de Colette Renard qui lui vaudra d'être auditionné puis signé chez Vogue.

    Gueule d'ange, le jeune chanteur devient en quelques années un phénomène pour la jeunesse. A 18 ans,  ses ventes se chiffrent déjà à plus d'un million de disques vinyls vendus.

    "Laisse les filles" est son premier succès. Il s'en vendra plusieurs milliers.

    Soutenu par l'émission de radio d'Europe 1 Salut les copains, Johnny devient le premier rocker de l"'histoire en France. Un pionnier.

    Sur scène, il se déhanche comme ses modèles d'Outre-atlantique et provoque l'hystérie des groupies

    A cette époque nait également l'industrie du disque et ce qui en découlera rapidement : la culture musicale de masse. 

    A l'affut des nouvelles tendances, le jeune Johnny popularise le twist, une dance qui fera fureur chez les jeunes.

    Désormais surnommé l'idole des jeunes, il devient le leader du mouvement" yé-yé", expression inventée par le sociologue Edgar Morin en référence aux nombreux "yeah yeah" qui parsèment les chansons anglo-saxonnes dont les jeunes de cette époque raffolent. 

    Dans cette France  des années soixante tenue de main de maitre par son président De Gaulle, cette jeunesse étouffe et exprime un fort besoin d'évasion qui s'exprime par de nouveaux comportements.

    Cette mouvance adolescente en mal d'idoles s'identifie aux stars et aux vedettes en provenance des Etats-Unis. Elvis et James Dean deviennent des modèles, ceux qu'il faut copier et imiter dans les soirées.

    Une vague sur laquelle surfent les artistes de ce mouvement, Johnny en tête.

    Revenu de son service national, Johnny se voit contesté par un nouveau venu sur la scène hexagonale, le chanteur Antoine qui dans sa chanson "Les élucubrations" dit vouloir enfermer notre star dans "une cage du cirque Médrano". L'idole lui répondra par un morceau au titre provocateur, "Cheveux longs, idées courtes". Un succès mais un message qui va brouiller l'image de la jeune star.

    Désormais dépassé par de nouveaux artistes qui ont davantage d'yeux et d'oreilles pour Dylan que pour Elvis, Johnny traverse une période bien moins glorieuse. "Noir c'est noir" chante-t-il en novembre 1966 en référence à sa tentative récente de suicide et à ses déboires dans sa vie privée. 

    Qu'importe. l'homme est solide et se relèvera de cette épreuve. 

    L'année 1966 marque la fin de cette période bouillonnante. Les jeunes ados du début des années soixante ont désormais muri et ont à présent soif d'idées et d'émotions moins artificielles. C'est l'époque des rêves collectifs, des utopies et des mouvements contestataires qui déboucheront en France sur le fameux printemps de mai 1968. 

    Musicalement, les choses ont bougé pour notre idole. Désormais accompagné sur scène par un orchestre de cuivres, sa musique évolue vers un rythm and blues et une soul chanté en français avec des chansons majoritairement traduites du répertoire américain.

    Une oeuvre de faussaire dont le chanteur s'est fait le spécialiste depuis ses premiers succès. 

    Conformiste, l'artiste Hallyday s'inspire de ce qui se fait ailleurs. Sans remords.

    L'air est au psychédélisme? JH convoque Jimmy Page et enregistre "Pyschédelic" en 1967. Il chante également des adaptations francisées de tubes de l'époque tels que "San Francisco" hymne hippie de Scott McKenzie ou le fameux "Hey Joe " de Jimi Hendrix. une méthode certes peu glorieuse mais très lucrative pratiquée couramment par ces faux rockers que sont Dick Rivers, Hallyday et quelques autres.

    Pourtant, notre Johnny est talentueux et capable d'écrire ses propres titres comme en 1965, date à laquelle est publié Johnny chante Hallyday, un disque entièrement composé par son auteur.

    Si Johnny a vendu plus d'une centaine de millions de disques, il le doit à son très grand talent vocal et à sa présence extraordinaire sur scène mais également à des soutiens de poids dans l'industrie du disque.

    Hallyday fait vendre et est un vecteur idéal pour tout artiste qui souhaiterait se faire connaitre ou relancer sa carrière. Pudique et réservé, l'homme n'a pas un égo tel qu'il pourrait être au centre de son art. Pour durer, il a besoin du talent des autres pour exister.

    Chanteur au timbre immédiatement identifiable, Hallyday possède cette signature vocale qui fait de lui un artiste très prisé des auteurs et des compositeurs. Un disque ou une chanson avec Johnny et c'est le jackpot assuré.  

    C'est ainsi que Philippe Labro, Michel Mallory mais aussi Berger, Goldman et plus récemment Pascal Obispo ou Mathieu Chédid se sont succédé au chevet de la star, missionés pour faire perdurer la popularité du  rocker. 

    Pas dupe, le chanteur déclare lors d'une interview "Je suis un chanteur de rock revu et corrigé par la variété".

    Un pédigré caméléonnesque qui lui vaudra de pouvoir passer et d'être diffusé partout.

    "On a tous quelque chose en nous de Johnny" devient un slogan et un gimmick tendance prononcé par certaines élites. 

    Au départ artiste provocateur et clivant, JH est devenu au fil des années une marque et un produit de consommation. Une institution et une icône tout autant qu'une marionnette aux mains des gros bonnets de l'industrie du show-biz.

    un statut ambigu masqué par un charisme et une aura de star qui lui auront permis de traverser les époques.

    Salut l'Artiste et bon voyage Cowboy

     

    MBPR

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Roadflyer33
    Jeudi 7 Décembre à 09:09
    Superbe article sur notre Johnny national,merci Raoul. ;)
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