Une fois n'est pas coutume, je laisse à ma place à un autre webzine muical (et à un collègue) pour un article très intéressant sur "Control" d'Anton Corbijn
"Il faut le dire tout de suite à tous ceux qui ne connaissent rien au rock ni à Joy Division : il faut voir ce film quel que soit l'intérêt qu'on peut avoir ou pas pour la musique, tout comme on peut voir "Last days" de Gus Van Sant sans s'intéresser à la musique de Nirvana.
Car avant d'être le portrait d'un rockeur, l'Anglais Ian Curtis, qu'on découvre à une vingtaine d'années, surperbement filmé en noir et blanc, "Control" est le portrait d'un homme. Quand on le voit écrire (des textes de chansons ou des lettres), on a l'impression de voir un Rimbaud anglais du siècle dernier, qui perd le controle de sa vie (mais d'ailleurs l'a-t-il vraiment eu ?). C'est sur Sam Riley que repose tout le film. Il suffit de regarder une video du vrai Curtis en live (comme celle de "transmission" que nous vous proposons ci-dessous) pour constater que l'acteur a parfaitement saisi les mimiques du chanteur : il a notamment cette façon de chanter les yeux baissés et de lever un regard furtif et un peu perdu qui rend son interprétation tout à fait crédible. Mais au delà des scènes de concert, c'est lui qui incarne et non pas imite le leader de Joy Division. Or ce rôle est crucial, car même si l'on croise les autres membres du groupe, mais aussi sa femme Deborah, sa maîtresse Annik Honoré ou le défunt patron de Factory Tony Wilson, c'est un homme seul face à ses démons, Curtis, que ce film nous fait découvrir. Marié et père de famille trop jeune, en proie à des crises d'épilepsie, déçu par la vie d'artiste (très vite, les concerts ne lui procurent que peu de plaisir) et empétré dans une vie sentimentale compliquée, il se pend dans la cuisine de son domicile, à Macclesfield, le 18 mai 1980, à l'âge de vingt-trois ans, alors que le groupe devait partir en tournée au USA et probablement accéder à une renomée plus grande encore.
On a beau avoir déjà vu la mort de Curtis filmée (et de manière moins détournée) dans "24 hour party people", les dernières minutes du film sont poignantes. La dernière image elle, se reçoit comme une barre de fer en plein ventre. Voilà un film saisissant, qui fera date. Et pas seulement parmi les fans de rock. Car le photographe néerlandais, qui a côtoyé le groupe (il avait même débarqué en Angleterre spécialement pour rencontrer Joy Division) signe là son premier film, qui a tout d'une oeuvre singulière"
Jean Marc Grosdemouge
N'hésitez pas à me laisser vos commentaires si certains ont déjà vu le film (suivez mon regard)