Mi-septembre, c'est la fin de l’été, les jours raccourcissent, la luminosité diminue d’heure en heure...
C'est le moment choisi par les anglais de Tindersticks pour présenter leur nouvelle livraison, un nouvel album (le quatorzième si l’on ne tient pas compte de leurs productions connexes) intitulé Soft Tissue (du nom de celui qui est chargé de maintenir le tissu humain) .
Un disque porté par une pochette magnifique, comme souvent avec ce groupe.
Pour MBPR, un nouvel opus de la bande à Stuart Staples est toujours un rendez-vous à ne rater sous aucun prétexte (la mort exceptée).
Fidèle, votre serviteur écoute les gars de Nottingham depuis leur découverte en 1993 avec leur premier album paru en pleine grunge mania (une ère bruitiste interrompue par la musique baroque, ultra mélodieuse qui est celle de Tindersticks).
Pour cette nouvelle publication, les anglais ont su conserver la recette qui est la leur depuis trois décennies: une pop atmosphérique, mélancolique et langoureuse surplombée par le timbre chaud de Stuart Staples, crooner fragile et sensible.
Si la recette est bien connue, les ingrédients peuvent varier d’un album à un autre. Ainsi, à leurs ambiances feutrées habituelles s’ajoutent ici des sonorités héritées de la soul music.
C’est particulièrement frappant dès « New World » titre introductif qui accueille l’auditeur sur un fond de trompettes claironnantes. S’il est ici question de musique soul, c’est celle transpirante de Macéo Parker, des bas-fonds de New-York, de Harlem aussi.
Une touche de son Stax mais passé ces quelques mesures de cuivres, le groupe ne tarde pas à retourner à cette pop intime et baroque qui est la marque des compositions de Tindersticks dans lesquelles on s'immerge doucement. Une sensation rapidement apaisante.
« Don’t Walk, Run » prolonge cette aventure organique et jazzy et ce mélange doux-amer unique agrémenté de cordes. Un morceau entêtant et groovy à la fois.
« Nancy » est un titre langoureux dont Tindersticks a le secret. Une ballade (un mot qui n’a que peu de sens avec eux) tourmentée que l’on imagine adressée à une femme convoitée et inaccessible. Les « Mots bleus » en langue de Shakespeare en somme. Bouleversant.
Retour à l’apaisement avec « Falling the Light », morceau quasi-immobile qui invite à la contemplation et que Tindersticks avait dévoilé à l'hiver dernier sur son site à l'occasion de la Saint-Valentin. D’une tendresse extrême.
« Always A Stranger » et son rythme chaloupé fera certainement chavirer bien des coeurs (sensibles). Un morceau vaporeux, presque comme suspendu, hypnotique malgré un écho sur la voix de Staples pouvant agacer.
« The Secret Of Breathing » au tempo ralenti, suspend le temps, comme par magie. Du Tindersticks de très haut vol sur lequel le timbre envoûtant de Staples fait mouche et qui rappelle leurs morceaux de bravoure passés ( A Night In » ou « Peanuts » ne sont pas très loin). Emouvant et surannée. La perle de ce disque explorant avec majesté les secrets de l’âme humaine.
Après cette éclatante pause, « Turned My Back » voit le retour des choeurs soul, ceux de Gina Foster, chanteuse britannique de renom. Un titre peut être moins marquant bien que fidèle à la ligne directrice qui préside à ce disque.
Avec "Soon To Be April", la bande à Stuart Staples nous réserve un nouveau moment d'une délicatesse rare. Quatre minutes habitées par une âme généreuse et délicate. C'est superbe et une manière élégante de clore ce nouvel opus des Tindersticks.
Particulièrement abouti, ce Soft Tissue ne se révèlera complètement qu'à la suite de plusieurs écoutes, plongé dans l'obscurité, à écouter ses moindres détails, ses ombres et ses lumières. Il vous transportera alors dans l'univers singulier de ces anglais uniques et précieux.
Merci pour le voyage.
