
Musique générationnelle, buzz (hype) éphémère, phénomène internet... les termes les plus hasardeux ont été vus pour décrire ce qui ressemble à une véritable histoire d’amour entre le public et ce petit nouveau sur la planète pop>/rock.
Je veux parler de Fauve, ce collectif qui agite depuis de nombreux mois déjà le petit monde de la musique et qui alimente les conversations quotidiennes à la machine à café.
Il a suffit pour cela de quelques dates dans des endroits branchés de la capitale, de quelques morceaux postés sur la Toile visionnés des centaines de fois qui créent le buzz, un premier EP (intitulé Blizzard) paru l’an dernier très bien reçu par la critique.
La machine Fauve était lancée. On connaît la suite.
Fauve n’a pas de maison de disques (seulement un distributeur) et pourtant les parisiens affichent complet partout.
Demeurait alors le cap, du premier véritable album.
Vieux frères – partie 1 est paru dans les bacs au début du mois dernier.
Onze titres rock sombres et désenchantés, caractéristique de ce que fait Fauve.
La morosité est au menu et les difficultés d’une frange de la population (les trentenaires) coincée entre les rêves bien légitimes et l’enclume, celle que représente la réalité sans pitié du monde du travail notamment.
De l'incisif « Voyou » au touchant « Loterie », les compositions de ce quintet décrivent une époque, un quotidien difficile à vivre.
Visiblement, les membres de Fauve (qui ont laché leur poste il y a trois ans) savent de quoi ils parlent. "Jeunesse Talking Blkues" ne mâche pas ses mots.
Que reste-t-il alors comme espoir pour cette jeunesse qui souffre en silence? L’amour ? La quête sempiternelle de l’âme sœur ? Même pas. La pression de la performance parasitant le désir.
Ce qu’il demeure (une fois les illusions disparues) c’est le strict minimum, une forme d’entraide entre ces « vieux-frères » auxquels le monde libéral réserve un sort identique, celui de perdants. C'est cette solidarité "De Ceux" qui sont les victimes de cette société ultra-consumériste dont parle Fauve.
Devant ce constat désespéré, le mot d'ordre est résister comme sur ce brillant "Loterie" qui conclut magistralement le disque avec un discours plein d'espoir.
Davantage qu’un disque, cette galette ovniesque est un disque-témoin d'une réalité sociologique qui porte un regard acéré sur les frustrations de la jeunesse d'aujourd'hui et décrit la perte de ses illusions.