C’est déjà le sixième album du jeune new-yorkais Zach Condon révélé il y a 18 ans avec le surprenant Gulag Orkestar.
On était en 2006, Arcade Fire avait déjà défrayé la chronique avec Funeral et Neon Bible, Calexico n'était pas encore séparé et Andrew Bird et d'autres artistes originaires de la Grosse Pomme avait montré le bout de leur talent.
Au milieu de ceux-ci, un jeune new-yorkais avait débarqué avec une musique singulière, au croisement d'influences diverses, slaves, folk et électroniques.
Une vibrante fanfare de cuivres accompagnait alors ses compositions poignantes et son chant pastoral.
Avec ce nouveau son et cette démarche originale, il n’en fallait pas plus pour qu’en quelques EP, ce nouveau venu conquiert les coeurs.
Depuis le bonhomme a fait son chemin et a enregistré cinq albums en studio.
MBPR ne les a pas tous écoutés.. allez savoir pour quelles raisons ?
La faute à quoi ? A la lassitude ? Ou à l’époque qui porte davantage à survoler qu’à approfondir ?
En novembre de l’année dernière, Zach Condon a donc publié un nouvel effort (le sixième) intitulé Harzel.
Un disque du nom d’une petite île norvégienne sur laquelle le musicien a posé ses valises le temps de donner naissance à un nouveau chapitre de son oeuvre.
On connaît le goût prononcé pour les voyages de cet américain curieux tout autant qu’humble, et toujours en quête de nouveaux sons. De la Grèce à la Turquie en passant par Le Brésil, l’Italie ou la France (son pays favori) cet américain parcourt le monde tel un globe-trotter infatigable.
Cette fois, le new-yorkais a pté pour le grand nord scandinave, ses fjords et ses aurores boréales.
Une destination surprenante pour ce chanteur qu’on a l’habitude d’imaginer du côté de Santa Fé, des Balkans (ses origines) ou de l’Italie (comme sur son précédent album), autant de chaudes destinations chaudes très susceptibles d'infuser la fanfare de Beirut.
Mais Zach Condon n’est pas de ceux que l’environnement peut transformer ou impacter sa sensibilité à fleur de peau.
D’ailleurs, c’est la découverte d’un nouvel instrument, un orgue Farfisa datant de la fin du 19ème siècle, qui est le socle de départ de ce sixième opus.
Nouveau son certes, mais ce qui ressort le plus à l’écoute des douze titres que comporte ce disque, c’est que rien n’a tellement changé chez Beirut.
C’est toujours cette joyeuse mélancolie et cette tristesse enivrante qui dominent dans la musique de cette formation.
Dès le titre éponyme, le décor est planté : les sons de cet instrument formeront le cavenas sonore des mélopées baroques dont Zach Condon a le secret.
Que ce soit avec le magistral « Arctiq Forest » ou le très beau« Baion » (et son ukulele), Beirut sait nous faire voyager au travers de mélodies qui touchent le coeur.
Un talent que peu d’autres artistes partagent et qui fait de ce new-yorkais une pépite de la musique pop contemporaine.
On ne s’ennuit que peu sur ce Hadsel. Les beaux moments parsèment allègrement l’écoute progressive de ce doux disque pour lequel Zach a travaillé plus que de relâche.
A la différence de ses anciens albums, Zach a opté cette fois pour davantage de sobriété et de minimalisme.
Moins de cuivres et de grosse caisses roulantes, les mélodies de Hadsel sont juste portées par le chant habité de son auteur.
On y pioche de la nostalgie , des vieux souvenirs, des émotions aussi.C’est beau, profond, en un mot, rare.
Sur "Island Life" et"Spillhaugen" Beirut retrouve même son penchant pour la musique électronique minimaliste des débuts de son auteur. Emouvant.
On dit Zach Condon désormais débarrassé de ses démons et des peurs qui envahissaient son mental d’humain tourmenté.
Ce nouveau disque , sur lequel il semble plus apaisé, n’y est peut être pas pour rien.
Même après plusieurs écoutes, ce Hadsel est un enchantement.
En 2024, la route de MBPR passe de nouveau par Beirut.
Et c'est une excellente nouvelle.
