Il est des formations dont le destin semble celui de vivre une existence à l’abri des lumières et des grands succès populaires. Il en est ainsi de Smog, de Wovenhand, Sparklehorse, Sun Kill Moon, Calexico, Cigartte, Filmschool, s after sex, The Walkmen, Low ou chez nous, de Tue-Loup ou Katonoma,. Autant de groupes dont la notoriété n’a jamais dépassé celui des ondes des stations radios alternatives malgré, une authenticité incontestable.
Les vétérans anglais d’And Also The Trees sont de ceux-là, de ces formations discrètes, existant à l’abri des buzz médiatiques et des radars du grand public, tout en creusant un sillon musical singulier.
Le quintet originaire d’Inkberrow (dans le comté de Worcester) a publié le 23 février dernier un nouvel album (le quatorzième) intitulé Mother-Of-Peal Moon.
Un disque crépusculaire composé de 11 titres ombrageux nimbés d’une lumière diaphane et tout juste éclairés par la présence habitée de son chanteur.
Sur ce nouvel opus, les anglais déroulent leur univers poétique et enivrant.
Une longue intro instrumentale lance cet album attendu.
Le chant parlé de Simon Jones nous prend par les sentiments. C’est ténébreux mais aussi terriblement envoûtant.
Situé quelque part entre Nick Cave, Tindersticks, le Bowie de Low ou Scott Walker, AATT, pourtant classé à ses débuts dans la catégorie post-punk, joue une musique singulière, onirique, presque hors du temps.
Des arabesques post-rock de" Town Square" à la tension émergeante du titre éponyme (un des joyaux du disque), le quintet anglais déroule son univers décalé, curieux mélange de réminiscences gothique et de pop classieuse façon Divine Comedy, un cocktail qui s’avère aussi apaisant qu’une tasse de thé.
Ces cinq anglais ne sont pas de ceux recherchant la gloire ou le succès à tout prix.
Il y’a de la folie et de la fantaisie ancestrale venue d’ailleurs dans ces chansons-là.
Les corbeaux et les nuages s’amoncellent dans ce ciel sombre que peinent à relever quelques hautbois et autres instruments à vent.
Les morceaux de cet opus sont comme des petits bouts de musique très intimiste, parfois tourmentée, toujours à la limite de la rupture.
Les compositions échevelées d’AATT sont comme de mini-voyages offrant à l’auditeur une diversité sonore qui le plonge dans une ivresse fantastique d’où émergent silhouettes menaçantes, claires de lunes et délires fantasmagoriques.
A la manière d’un Dave Edwards (Sixteen Horsepower), le chant habité et singulier de Simon Huw Jones vient relever les arpèges de guitares de son frère, le tout mêlé à des sons classiques telles que clarinette ou mandoline.
Sans perdre de sa saveur et de son élégance so british, le disque s’étire sur près de quarante deux minutes, sans le moindre essoufflement.
Ce Mother-Of-Pearl Moon semble être un album libre, libéré de toute contrainte.
Les cinq membres d’AATT y jouent sans restriction une musique unique, qui si elle ne remplira pas les poches de leur maison de disques remplira certainement de bonheur celles et ceux qui sauront accueillir avec bienveillance cet art exigeant.
Aucun tube à venir sur cet opus, And Also The Trees ne sera jamais Arctic Monkeys et c’est tant mieux.
MBPR
