C’est une antienne, aussi vieille que l’histoire de la musique : l’opposition éternelle entre élitisme culturel et préférences populaires.
De nos jours, cet antagonisme structure encore aujourd'hui les débats qui agitent le monde de la musique.
A ce sujet, le cas Coldplay est emblématique.
La formation emmenée par Chris Martin est de ces groupes qui, malgré leur succès à l'échelle planétaire, divisent les mélomanes.
Combo au succès quasi immédiat (leur premier album s’est vendu à huit millions d’exemplaires), les anglais de Chris Martin ne font toujours pas l’unanimité et ce, plus de 25 ans après leur fulgurants débuts.
Flashback..
Lorsque le groupe débarque autour de l’an 2000, la planète pop/rock est déjà bien occupée. Oasis ou Radiohead sont des formations bien installés qui remplissent parfaitement l’espace des groupes à guitares électrifiées.
Nonobstant ce paramètre délicat, la bande à Chris Martin va connaître un succès impressionnant dès ses débuts.
Porté par les singles Yellow » ou « Shiver », Parachutes leur premier album, atteint dès sa sortie la première place des charts britanniques. Le public anglais se prend immédiatement d’affection pour ce nouveau groupe emmené par un chanteur au physique avantageux.
C’est déjà le jackpot pour ce quatuor formé à Londres à la fin des années 90.
Un an plus tard, paraît A Rush Of Blood To The Heart. un second album avec lequel Coldplay marque encore les esprits avec les singles « Clocks », « The Scientist » ou le lancinant « In my Place ».
Avec cet opus, Coldplay remporte même plusieurs récompenses de prestige dont un British Award et quatre Grammys.
Les chansons tirées de ce second album seront diffusées sur les radios du monde et Coldplay devient un groupe connu mondialement.
Les albums XY et Viva la Vida ne modifient pas le style de la bande à Chris, bien au contraire. Coldplay est désormais une formation pop/rock incontournable et bénéficie des services du génial Brian Eno. Une référence.
Le groupe va devenir une marque mondiale et leurs disques vont se succéder au sommet des hits internationaux au point de devenir le plus gros vendeur (plus de 100 millions de disques écoulés) d’albums du troisième millénaire, détrônant U2 du sommet de ce classement.
Une position hégémonique qui va faire grincer certaines dents.
Des voix discordantes vont s’élever et commencer à émettre quelqes critiques à l’endroit de ce groupe anglais, osant e le jeu des comparaisons avec Radiohead, autre formation britannique briguant le leadership en matière de pop/rock.
Là où le groupe d’Oxford n’hésite pas à s’aventurer en direction de terrains mouvants (Thom Yorke et ses acolytes sont alors en pleine phase expérimentale avec Kid A) pour proposer une musique défiant les formats traditionnels, le groupe de Chris Martin mise sur un classicisme plus traditionnel.
Des chansons au format couplet / refrain et des mélodies faciles à retenir. C’est la recette du succès de Coldplay .
Avec le timbre lisse de son chanteur et ses airs aisément mémorisables, Coldplay fait office d’objet de réconfort. Comme un doudou ou une peluche. De la guimauve diront certains ou l’effet d’un chocolat chaud pour d’autres.
Coldplay, ça serait un peu comme le commerce équitable ou la voiture électrique : une invention bienfaitrice pour nos existences. Le groupe du développement personnel. Coldplay c'est le groupe pour aller bien.
La semaine dernière est paru leur 10ème album intitulé Moon Music.
Un disque d’assez bonne facture qui recèle quelques titres réussis et comme souvent un lot de morceaux dispensables.
Il y a comme presque toujours un hit, l'entraînant « Feels Like I’M Falling In Love » et l'entêtant "IAAM".
Chris Martin ne hurle toujours pas. Il nous chante ses espoirs pour notre monde, ses joies, ses constats et surtout il réchauffe (comme souvent) les coeurs. La production de l’album y est impeccable... impeccablement lisse devrais-je même dire.
Coldplay navigue entre pop formatée et titres davantage intimistes.
« All My Love » est une ballade au piano qui n’est pas sans rappeler les premiers émois ressentis à l’écoute de « Fix You » ou de « The Scientist ».
Alors d’où vient ce sentiment d’ennui ou de désintérêt pour ce groupe que les fans de pop/rock affectionnent pourtant tellement ?
Sans doute qu’après plus de vingt années de carrière, Chris Martin et sa bande ne provoquent plus le frisson ressenti à leurs débuts. La faute peut êre à une lassitude ou à une absence de prise de risque, le groupe ne sortant que très rarement de sa zone de confort.
La faute également à un discours convenu (les paroles de Chris Martin sont au
mieux mielleuses et au pire niaises) qu’il est difficile de recevoir à l’ère tourmentée qui est la notre. L’hymne Viva La Vida mondialement diffusé en 2008 a depuis vu les guerres et les désastres humanitaires inonder nos écrans.
Coldplay est sans doute un groupe extra-bienveillant et qui aurait eu davantage de crédit au temps des hippies. En 2024, il demeure une source de moqueries pour la plupart des fans éclairés de musique pop/rock.
Alors faut-il détester Coldplay ? Sans doute que non mais les aduler n’est pas obligatoire.
La course avec Imagine Dragons pour le titre de meilleur groupe du monde s'annonce redoutable.
Allez, coeur fait avec les doigts quand même.
MBPR