Que peut-on encore écrire sur le sieuir Ané qui n’ait encore été dit ou lu ?
L’air de rien cela fait plus de vingt ans que cet escogriffe promène sa grande carcasse sur les scènes de France et nous donne régulièrement rendez-vous pour des disques au parfum d’une délicate et le plus souvent austère exigence.
Depuis sa Victoire de la Musique en 2012 (meilleur artiste masculin), le nantais est devenu une quasi-institution, une référence et l’objet d’un culte de la part du triumvirat Télérama-Inrocks-France Inter, la Sainte Trinité de la critique musicale.
Dans ces (rares) cas, votre serviteur son voyant MEFAINCE se mettre à clignoter voir, à carrément passer à l’orange.
MBPR et Dominique A c’est tout sauf une histoire simple.
Originaires de la même région (la Seine-et-marne) , arrivés également (terminus) dans la région des Pays de la Loire, nos trajectoires ont pourtant été comme deux itinéraires relativement parallèles ne se rejoignant qu’à de rares moments.
N’étant pas un fan de la première heure, je me garderai bien de faire mon anéphile (ni mon anéphobe) .
Si j’ai appris à connaître ce grand gaillard ce n’est qu’au fil de mes pérégrinations et de mes rencontres notamment avec des personnes qui sont devenues des passeurs, tels que bernard Lenoir, Miossec, ou Yann Tiersen.
Eléor, son nouvel opus est paru le mois dernier et je dois dire qu’il m’a fallu un peu de temps avant de me l’approprier et de pouvoir émettre un jugement définitif.
Non que l’objet soit particulièrement abrupt ou difficile d’accès mais, avant d’exercer son droit à la critique, il est nécessaire de prendre plusieurs précautions avec ce genre d’artistes.
En premier lieu, se garder de tout emballement (ce qu’oublient généralement les médias) et prendre de la distance afin de si possible, pouvoir replacer le disque dans l’œuvre de l’artiste.
Cet album n'est pas, la révolution musicale faite Mr Ané.
Au contraire, il recèle assez peu de surprise.
Là où le précédent brillait par son caractère très ouvragé, Eléor marque par un retour à un forme de minimalisme.
Un trio (guitare, basse, batterie) comme clé de voute de chansons couplet/refrains accessibles, des cordes amples ici et là , voilà la recette appliquée par l’auteur du Twenty two bar
Eléor est un disque de dépaysement.
Il y est question de voyages, de destinations dont les noms sonnent comme autant d’invitation au voyage: Cap Farvel, Central Otago, Oklahoma. Le nantais a semble-t-il des envies d’ailleurs.
Mais pas question pour autant de tomber dans du descriptif pour touristes compulsifs.
La chanson en langue française selon Mr Ané est un art qui se veut toucher la part la plus personnelle de soi, l’intime, si ce n’est l’intimité.
Les rêves et les désirs (« Au revoir mon amour ») ont donc une part prépondérante. Les envies et les espoirs aussi.
Pour le reste, c’est du Dominique A pur sucre.
Certains titres (« Nouvelles vagues », « Central Otago », «Une autre vie ») sont même représentatifs de ce que fait le chanteur depuis deux décennies.
Il est donc fort à parier que ceux qui n’ont donc pas goûté le précédent (ni ceux d’avant) n’apprécieront pas plus celui-là.
Davantage auteur que compositeur, les textes de Dominique Ané renouent avec une tradition de la prose française : Celle du verbe et de la poésie exigeante, des Vian, Manset, Bashung ou Murat.
Cantonné dans un registre bobo-Education Nationale, Dominique A en demeure un artiste encore relativement méconnu du grand public.
A l’image du Bashung des débuts ou de Gainsbourg (qui n’aura été populaire qu’à la fin de sa vie), ses choix artistiques l’éloignent de tout potentiel succès populaire.
Album de l’après Victoire, Eléor ne sera pas celui du triomphe commercial.
Tout sera comme avant pour Dominique A.
