Obispo… jamais je n’aurai pensé écrire ce patronyme ici sur ce blog consacré majoritairement à la musique indie.
Aprioris, préjugés, idées toutes fates, que sais-je .. comme beaucoup de fans puristes de musique rock, l'homme natif de Bergerac ne m’a jamais inspiré. Entre titres (attention gros mot) de facture variétés, références trop aisément identifiables, l’auteur de « Plus que tout au monde » m’apparaissait quelque peu comme le chanteur de trop, celui qui ne serait jamais qu’un pâle successeur des Goldman ou autre Francis Cabrel, d'authentiques très grands eux de la chanson.
Obispo portait un statut d’usurpateur et d'imposteur bien lourd à porter à mes yeux.
Au fil du temps, le chanteur aux lunettes fumées et au crâne lisse a pris peu à peu du crédit et de l'épaisseur. Entre participation marquante aux réunions des Enfoirés (Obispo a sans doute composé la meilleure chanson des restos), titres inoubliables pour d’autres (sa contribution au répertoire de Johnny Hallyday est mémorable avec le standard« Allumer Le Feu »), jusqu’à même un duo inattendu avec l’impeccable Dominique A, celui qui se dit admirateur de Daho et de Marquis de Sade m'est apparu de plus en plus comme un artiste de valeur..
Il ne restait plus qu’à le démontrer en musique.
Il y’a quelques jours est paru Héritage 2 , un projet très singulier cornaqué par ce chanteur.
Il est question d'un disque hommage rendu aux idoles du chanteur. Certaines vivantes (Clerc, Cabrel, Jonasz) et celles hélas tristement défuntes (Delpech, Lévy, Philippe Pascal).
Un casting hétéroclite et prestigieux qui témoigne d’une large ouverture d’esprit de la part de son créateur.
L’originalité du projet réside particulièrement dans le fait qu’au lieu et fait d’un ensemble de covers qu’on pourrait attendre de chacun de ces artistes, l’homme du Sud-Ouest propose ici une collection de chansons composées « à la manière de », chaque titre étant une création composée en clin d'oeil à l’artiste auquel il fait référence.
Premier essai, « Il faudrait que pleuve l’amour » est écrit à la manière de celui qui est convié à l’interpréter en duo : Francis Cabrel. Avec ces guitares et ce tempo qui rappelle celui de « Encore et encore », le natif d’Astafort trouve ici un écrin à la hauteur de son timbre et de son phrasé reconnaissable entre mille. Et ça marche.
Bien joué Pascalou.
« Nénuphars » convoque l’univers lyrique de son prestigieux invité, Julien Clerc. Un titre porté par un regard poétique et nostalgique sur notre époque. Une pièce flamboyante et délicate. Décidément il assure notre Pascalou.
« Reste-il du bonheur » premier single diffusé sur les ondes, sonne à l’image de celui qui accompagnera son créateur : Benabar. Une mélodie caractéristique de l’univers de l’auteur du « Le Diner », ce morceau fonctionne là encore (banjo inside).
« Viens » est une ballade bouleversante composée en l"honneur d'Ycare, ce jeune artiste découvert il y a quelques année. Un titre poignant porté par de superbes arrangements organiques façon seventies.
Ce son naturel et organique est d’ailleurs une des bonne raisons justifiant de se procurer cet album Héritage 2. A l’heure de l'envahissante IA, Obispo opte ici à contrario pour une production old school qui fait du bien.
Sans prétention ni grandiloquence, le chanteur star rend hommage à tous ces grands noms de la chanson, celles et ceux qui l’ont accompagné et ont sans doute contribué à le faire devenir ce qu’il est.
Impossible de demeurer de glace à l’écoute de « J’étais un ange », dedié au très tendre et trop tôt disparu Michel Delpech, à « Les Roses » sur lequel le natif du sud-ouest convie une des ses idoles, le regretté chanteur de Marquis De Sade Philippe Pascal ou encore au « Dernier des rugissants » dédié à Renaud (dont on ne sait pas dans quelle catégorie, celle des vivants ou des défunts il faut le ranger).
Avec cet héritage volume 2, Pascal Obispo démontre qu’il est de ces artistes authentiques demeuré humble, à des années lumières de certains passé depuis longtemps du côté Obscur du monde de la Musique.
Le disque se clôt avec un duo avec ton alter-égo, la toujours insprée Zazie. L'occasion de se rappeler que ces deux-là ont été les piliers d'une chanson française moderne de qualité depuis plusieurs décennies.
Allez, Pascalou, on fait la paix toi et moi.
MBPR n’a pas été tendre (et même injuste) avec toi alors que ta carrière et ton œuvre démontrent que tu es de ces artistes qui marquent leur époque.
Aux (petits) nouveaux de faire mieux.
MBPR
PS : inutile de rechercher l'existence d'un éventuel Volume 1 de cet héritage, son auteur, admirateur et fan de George Lucas, a décidé comme lui de sortir d'abord un deuxième avant de publier en octobre prochain le volume 1 de ces chansons héritées.
Vivement octobre !
/image%2F0655008%2F20260603%2Fob_e2ed2b_heritage-volume-2.jpg)