Obispo… la présence ce patronyme bien connu des fans de variétés paraîtra certainement au mieux étonnant sinon pittoresque sur une page majoritairement consacrée aux artistes indépendants de la scène pop/rock.
Comme beaucoup d'amateurs de sensations authentiques rock, l'homme natif de Bergerac ne m’a jamais réellement inspiré. Références trop aisément identifiables, univers lisse manquant de caractère à mes oreilles, l'auteur au crâne rasé m’apparaissait toujours comme le chanteur de trop, celui qui ne serait toujours qu'un pâle successeur des Goldman ou autre Cabrel, des grands eux.
Pourtant, au fil du temps, le chanteur aux lunettes fumées a pris peu à peu à mes yeux davantage de crédit et d'épaisseur. Une contribution humanitaire marquante (avec le morceau "Ensemble' Pascal Obispo a certainement composé la meilleure chanson des Restos), des titres inoubliables composés pour de grands noms (sa contribution au répertoire de Johnny Hallyday demeure mémorable), jusqu’à un duo avec le toujours rigoureux Dominique A.
Peu à peu, celui qui se dit admirateur de Daho et de Marquis de Sade m'est apparu progressivement comme un artiste de valeur, qui a son mot à dire et sa place à occuper sur la scène musicale française.
Il y’a quelques semaines est paru Héritage 2 , le premier volet d'un nouveau projet dirigé par le chanteur.
Héritages 2 est un disque via lequel Obispo rend hommage à ses idoles. Certaines toujours vivantes (Julien Clerc, Francis Cabrel, Michel Jonasz) et d'autres hélas disparues (Delpech, Lévy, Philippe Pascal).
L’originalité du projet réside dans le fait qu’à la place d’un ensemble de covers réalisées dans les règles de l'art, l’homme du Sud-Ouest propose cette fois une collection de chansons composées « à la manière de ». Chaque titre est donc une création en forme de clin d'oeil adressé à l’artiste auquel il fait référence.
Premier titre, « Il faudrait que pleuve l’amour » qui rend hommage à un grand nom de la scène hexagonale : Francis Cabrel. Avec ces belles guitares et son tempo medium qui n'est pas sans rappeler le fameux« Encore et encore », le natif d’Astafort trouve un écrin à la hauteur de son phrasé et de son timbre inimitables.
« Nénuphars » et son doux piano convoque l’univers nostalgique et lyrique de son invité prestigieux, Julien Clerc. Un titre porté par un regard mélancolique sur notre époque qui se distingue par sa tonalité douce-amère. Du beau travail.
« Reste-il du bonheur" est le premier single extrait de ce nouvel opus. Avec sa mélodie caractéristique de celui qui accompagne son créateur, Benabar, ce morceau fonctionne parfaitement (banjo inside). Et une question demeure, celle du bonheur.
« Viens » est une ballade bouleversante composée en l"honneur d'Ycare, ce jeune artiste découvert il y a quelques année. Un "Come As You Are"" pop porté par de splendides arrangements façon seventies.
Ce son organique et exclusivement naturel est d’ailleurs une des raisons justifiant à elles seules l'achat de cet album. A l’heure où l'IA envahit nos oreilles, Obispo prend ici le contre-pied de ce mouvement en optant pour une production old-school. Un choix audacieux qui se révèle payant.
Sur "Le dernier des rugissants" c'est carrément la colère et le dépit qui s'expriment. Accompagné de notre Renaud national, Pascal Obispo chante ici le désanchantement et la désillusion, celle ressentie notamment devant le comportements des hommes face à la nature. Un titre poignant et hélas terriblement d'actualité.
Vous l'aurez sans doute noté, les thèmes abordés ici par Obispo et ses amis ne sont guère joyeux. Notre monde qui défaille, un parfum de nostalgie voir de mélancolie, les textes signés des auteurs Pierre-Dominique Burgaud et Lionel Florence sont ici porteurs d'une certaine gravité.
Sur "Paradis Land", les grosses guitares rock sont de sortie. Et Obispo a convié un rocker, un vrai : Axel Bauer. L'auteur de "Cargo de Nuit" accompagne ici magistralement notre Pascalou sur ce titre énergique porteur d'un message là encore désabusé. C'est presque punk. Rock is not dead !
Avec les guitares acoustiques d"Un quart-d'heure d'anonymat", Obispo surprend en choisissant le toujours impeccable Gaëtan Roussel comme accompagnateur. Efficace sans être pour autant flamboyant.
Les pièces qui suivent sont portés par un ton davantage intimiste. Il y a "le Mur" d'abord, une belle balade interpretéé en duo avec Michel Jonasz, "L'amour qu'il faut' ensuite, partagé avec le regretté Daniel Lévi ou "Les Roses" en tandem avec le défunt Philippe Pascal, le chanteur du groupe rennais Marquis de Sade, une formation adorée d'Obispo.
« J’étais un ange », titre écrit en hommage au trop tôt disparu Michel Delpech est une véritable perle qui marque par ses paroles qui sont comme un regard, celui porté sur une époque, la notre, dont les valeurs trop matérialistes possèdent un pouvoir de perversion sur les hommes.
Le disque se clôt avec un duo avec l'alter-égo féminin de son créateur, la toujours géniale Zazie. L'occasion de se rappeler que ces deux-là ont été les piliers d'une chanson française de qualité depuis plusieurs décennies.
Avec cet héritage volume 2, Pascal Obispo démontre qu’il est de ces artistes authentiques et demeuré humble, à des années lumières de certains passé depuis longtemps du côté Obscur du monde de la Musique.
Allez, Pascalou, on fait la paix toi et moi.
MBPR n’a pas été tendre à ton endroit alors que ta carrière et ton œuvre démontrent que tu es de ces artistes qui marquent leur époque.
Aux petits nouveaux de faire mieux.
MBPR
PS : Admirateur de George Lucas, Obispo a décidé comme lui de sortir d'abord un deuxième volet de ses aventures (musicales) avant de publier à l'automne le volume 1 de ces chansons héritées.
Vivement octobre !
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