Il est toujours délicat d’évaluer la valeur d’un objet musical, notamment lorsqu’il est attendu comme un évènement majeur, sinon comme le Messie du moment.
Quand paraît « "Mon pays c’est l’Amour" en octobre 2018, le pays est en émoi.
En pleine tournée avec ses deux autres canailles,celui qu’on a surnommé le Taulier vient de casser sa pipe quelques mois auparavant. Peinant à assurer ses prestations scéniques et ne tenant débout qu’à la grâce de son extraordinaire énergie et de sa vitalité légendaire. Johnny était, on le sait, salement malade.
Il s’agit donc d’un évènement bouleversant que la parution dans les bacs de ce disque posthume.
Composé par Yodélice ,alias Maxime Nucci, et produit par le génial et très référencé Bob Clearmountain, il a été enregistré entre Nashville et Memphis dans le courant de l’année précédente. Et il est demeuré inachevé.
Nucci a créé avec ce disque un écrin d’une sublime noirceur au sein duquel le Taulier s’est senti sans doute comme un poisson au milieu de son propre aquarium.
" J’en parlerai au diable » , titre introductif, marque les esprits. Hallyday y confie ses états d’âmes de rocker, à l’instant de solder les comptes d’une vie complètement hors normes.
Il est poignant d’écouter cette star confier ses craintes et ses doutes existentiels. Celui qu’on aurait souhaité éternel nous offre ici son visage d’humain vulnérable et fragile.
S’en suivent des titres de facture davantage classique tels que « Mon pays c’est l’amour » et « Made in rock n roll » des morceaux énergiques rendant hommage au sentiment d’appartenance qui était celui de notre Jojo national à la tribu de ceux qui défendent cette musique nommée rock dont il fut un des plus dignes et glorieux représentants.
.« Quatre mètres carrés » est un clin d’oeil effectué aux prisonniers, en même temps qu’au "Pénitencier » des débuts. Un titre épique, à l’américaine.
Les guitares de Yarel Poupaud sont fièrement brandies, les rythmes puissants et les thèmes propres à Johnny sont abordés frontalement.
Libéré des contraintes commerciales, ce disque se révèle d’une grande sincérité.
Aucun titre d’obédience variétés tel que Michel Berger ou Jean-Jacques Goldmann ont pu lui en écrire par le passé.
Ici c’est du brut de décoffrage. Cet album puise d’ailleurs son inspiration dans le rock des débuts, celui des pionniers, de Little Richard à Gene Vincent et dans les racines blues du Mississipi. Cette authenticité et ce désir de revenir aux sources du personnage de Jean-Philippe Smet font de ce disque une réussite.
Et puis il y a sur ce disque la voix tonitruante de Johnny, cet organe incroyable qui lui aura tant servi. A 73 ans, il donne comme toujours, tout. Malgré un cancer à un stade avancé, il est toujours ce lion enragé dont les accents vocaux suscitent l’émotion de l’auditeur.
Comment ne pas frissonner à l’écoute des climax vocaux que sont « Pardonne moi » ou « Tomber encore ».
Avec cet ultime disque, le rocker a refermé avec flamboyance sa trajectoire hors du commun via un volet crépusculaire et éxalté à souhait.
Gageons que s’il habite désormais en enfer, il sait y occuper son locataire et y animer ses soirées infernales.
MBPR
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