• THE NATIONAL : les avis divergent

    Le poids des opinions, le choc des mots...

    Telle pourrait être résumée l'espèce de gueguerre qui m'oppose depuis quelques jours à un bloggueur, un certain Emilien Villeroy,

    Motif ? Ce post signé de sa plume et paru sur le (par ailleurs très bon) site C'est entendu qui m'a un peu hérissé les poils

    Extraits :


    "The National s'est formé en 1999, comme une évidence, au tournant musical du début de millénaire, et a par la suite jalonné les 00's d'une série d'albums de mieux en mieux vus, dont un "Boxer" en 2007 qui fût considéré par certains comme un véritable chef d'œuvre. Pour être honnête, je n'en sais rien, je ne l'ai jamais écouté. The National a toujours été une espèce de corps étranger dans mon milieu naturel, le genre de groupe que les critiques m'ont appris, presque forcé, à connaître mais sans jamais parvenir à éveiller en moi un soupçon d'intérêt qui aurait justifié de faire quelque effort pour aller vers lui. Un peu comme un grand classique de la littérature dont on parle dans les manuels mais qu'on ne lira sans doute jamais, The National étaient "ces types qu'il faudrait que j'écoute quand même parce que tout le monde parle d'eux et en dit du bien, oui, un jour, je le ferai, promis, mais pas tout de suite alors," comme si je savais déjà que derrière, il n'y avait qu'un groupe quelconque qui me laisserait de marbre. The National pouvait ne pas exister, ça n'aurait rien changé, et ce n'était pas grave, ils auraient alors pu se voir gentiment rangés à côté de gens comme Broken Social Scene, là où ils auraient produit un bruit de fond, un arrière-plan, un détail insignifiant du monde, au même titre que la couleur des cheveux du conducteur de bus que je salue vaguement le matin, ou une affiche accrochée dans un couloir et que je ne lis même pas.
    Puis un jour, tout change, et me voilà devant eux, ne sachant même pas à quoi m'attendre, ils sont là sur scène acclamés par leurs fans un chouilla trop enthousiastes, et ils jouent, ils jouent cette musique qu'ils doivent aimer jouer qui est comme un grand vide, un grand moment de creux qui passe lentement, sans vie, flasque, et qui m'évoque alors une heure entière passée à regarder cette mèche blonde du conducteur ou à lire encore et encore cette affiche qui ne me concerne pas. Rien n'arrive. Ces types gigotent et mes yeux sont dans le vague. C'est comme si le temps avait jeté l'éponge.


    Avec leur nouvel album, c'est pareil. "High Violet" est en cela très fidèle aux prestations du groupe. Son "void-rock" désespérément sérieux y est rendu avec la même passion molle, ce lyrisme en sourdine très particulier qui crée des maelströms dans un verre d'eau. Rien ne semble vraiment vivant chez The National, tout est taillé dans la demi-mesure, trop poli. Ce ne sont pas les codas grandiloquentes et pleurnichardes qui manquent pourtant mais on pourrait presque reprocher à ce groupe de ne pas en faire assez, de rester incroyable gentil, de chanter des peines de l'âme qui ne sont finalement pas si graves que ça avec toujours la même voix morne là où il aurait fallu de la fougue, de l'intensité. Ici, rien de tout cela. Le lacrymal sec. Le désespoir pragmatique. En cela, ils sont un peu les Coldplay de l'indie-rock, évoquant eux aussi par des petites notes de piano et des guitares distantes une mélancolie inutile qui ne partage rien. En poussant la généalogie un peu plus loin, on pourrait même les voir comme des sous-U2 de notre époque, brandissant par moments cette même "rage de vivre" plan-plan qui ne semble s'exprimer que par des répétitions ad nauseam de phrases en chœur, comme à la fin d'Afraid of Everyone ou du très 2005 England. Mais tout cela est transposé à notre époque, celle qui a vu passer le post-rock et les années 00's, ce qui explique pourquoi on a aussi le droit à des violons et autres cuivres sirupeux qui représentent avec pas mal de pertinence ce qui doit être le niveau zéro de l'idée d'arrangement. Et puis surtout, cette manière de battre le rythme très particulière, avec beaucoup de coupures, en divisant les temps, accentuée par un jeu lourd sur les toms et des petits breaks crispants (sur Bloodbuzz Ohio, ou Sorrow, avec ses paroles risibles, sa gravité de pacotille, la bassesse de ses effets), comme pour essayer d'éviter à tout prix une bien bête rythmique binaire pourtant inhérente à ces morceaux mal foutus, une rythmique binaire qui, quand elle apparait enfin, fait sonner le groupe comme un rejeton bâtard de Depeche Mode avec les yeux cernés (Conversation 16, avec l'hilarante phrase "I was afraid, I'd eat your brain, cuz I'm evil" du refrain qui semble sortie de la psyché branlante d'un lycéen fan de Thom Yorke). Et s'il s'agit de ralentir le rythme le temps d'une ballade, le niveau de monotonie maussade atteint est alors incroyable, "High Violet" s'échouant d'ailleurs sur un dernier souffle de non-intérêt avec Vanderlyte Crybaby Geeks aux battement ternaires appuyés au marteau-pilon, évoquant davantage une ballade de Springsteen qu'autre chose.

    The National est un paradoxe, quelque chose d'inexplicable. C'est un mauvais groupe qui cache sa médiocrité sous un accoutrement de professionnel. Des gens qui font tellement bien leur soupe qu'on aurait presque l'impression qu'ils sont doués. Ils viennent nous caresser là où ça fait de l'effet, du côté de cette sentimentalité mièvre qui nous habite parfois bien malgré nous, et ils savent que les poncifs qui leur servent de simili-talent fonctionnent, les protègent, l'immense fadeur de l'ensemble annihilant toute velléité de rejet d'une musique aussi quelconque. Viennent alors ces bribes prêtes-à-déprimer de sons qui ne veulent rien dire, l'ennui infini des guitares de stade vibrant sans âme, la réverbération qui fait s'allumer les briquets, la confortable sécurité de cette voix grave qui susurre des petits mots émouvants. Et après les lumières, la scène, le concert, la parole devient lente et je ne me souviens de rien." 


    Pour lire l'intégralité de l'article (ainsi que les nombreux commentaires et le débat musclé qui s'en est suivi) rendez-vous à cette adresse

     

    http://cestentendu.blogspot.com/2010/05/comptez-pas-sur-moi-national-high.html

     

    Certes ça n'est que de la musique... mais quand même !!!

    Bonne lecture

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Francis
    Samedi 22 Mai 2010 à 13:56
    Théâtre
    Je ne suis pas spécialement un adepte des blogs (ne pouvant pas vraiment me le permettre au niveau emploi du temps),me lassant très vite en tout cas des divers blogs musicaux hexagonaux car trop enfermés dans des castes ou des modes ou des attitudes trop verbeuses qui m'insupportent et suis donc d'avantage un fidèle de blogs,disquaires,ou radios (WFMU) américains que je trouve beaucoup plus ouverts et tolérants car doués peut-être d'une culture rock mille fois plus vécue et ancrée que nous,une culture melting-pot et doués aussi d'un savoir encyclopédique que nous n'avons souvent pas: en un mot plus cool. Mais j'avoue que je me suis bien laissé prendre (par hasard) au jeu de ce débat autour de The National : un débat épique et un peu fou ,drolatique,tendu et épidermique et au final vraiment attrayant : du fait des réelles passions engagées,dévoilées et défendues avec hargne mais raison gardée (avec quelques pétages de plomb succulents tout de même),et des belles,diverses voir talentueuses écritures des divers personnes et intervenants concernés : cela fait quand même du bien et c'est quand même plus intéressant à lire que ces révoltants et débiles dialogues en SMS ou autres que l'on voit fleurir de partout. Là on a d'avantage eu l'impression d'assister à une bonne pièce de théâtre (un peu dans le style d'une que j'ai vu il y a peu à la télé avec Arditi et Luchini concernant l'achat d'un tableau blanc effectué par Luchini). PS : ai cité ton blog sur Telerama.fr (chronique High Violet)
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